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Christophe BLAZQUEZ blog

Chronique du stress ordinaire

6 Octobre 2005 , Rédigé par Christophe BLAZQUEZ Publié dans #Psychologie du travail


Avez-vous remarqué comme tout a tendance, dans les temps que nous vivons, à devenir «urgent» ?

Certes, il est des moments où l’action de l’homme doit être quasi immédiate – ou au moins très rapide – sous peine de conséquences qui pourraient lui être désagréables, sinon néfastes. L’urgence implique donc par définition un rapport au temps, et il n’est personne qui tôt ou tard n’ait eu à «faire vite», à se «dépêcher», poussé par les événements, une décision ou un ordre émanant d’autrui ou de soi-même. La prévision la plus précise trouve toujours ses limites et ne peut éliminer totalement le surgissement de l’exceptionnel.

Mais lorsque tout devient urgent, comme tout est devenu «stratégique», il ne s’agit plus de moments passagers à gérer au mieux, mais plutôt d’un stress ordinaire dont on pense qu’il présente quelque efficacité dans le travail.

Cette idée, au demeurant peut s’avérer vraie dans certain cas : l’urgence peut s’accompagner de l’éprouvé d’une tension désagréable et angoissante… mais parfois agréable et stimulante. Il arrive en effet que, malgré la prévision, certains aient plaisir à vivre sous la pression de l’urgence, quitte à la créer en repoussant au «dernier moment», tel un écolier paresseux, une réalisation cependant programmée.

Néanmoins, nous pensons que ce type d’attitude ne saurait être fécond sur la durée. En effet, le comportement professionnel est rendu plus difficile par le fait que l’urgence, d’une certaine manière, restreint le champ de conscience à la seule existence de son objet particulier, et que l’on peut passer à coté de solutions qui auraient été évidentes avec le recul réflexif qu’auraient pu ménager des conditions de délai moins «pressantes».

C’est donc au fond l’estimation de l’urgence comme telle qui demande le plus d’attention et d’expérience. La pression qu’elle exerce peut aussi bien conduire à un immobilisme qu’à un activisme débordant, aussi stériles l’un que l’autre. Il est très difficile de ne pas être esclave de cette pression, parfois impérieuse, pour pouvoir garder une liberté de choix et savoir quand et pourquoi il est nécessaire ou contre-indiqué d’apporter une solution rapide, ou retardée, voire une non réponse à l’urgence alléguée.

Sans compter que la multiplication des choses urgentes impose à nouveau un choix des priorités, venant compliquer la situation. En effet, lorsque le critère de priorité est «le plus urgent» et non le plus «important», on finit invariablement par s’égarer dans le superficiel. Que de gens brassent du vent tout en ayant l’impression de donner leur maximum, et même de se dépasser littéralement !

C’est le besoin qui crée l’urgence ; mais c’est le degré de conscience du besoin qui crée le degré d’urgence : il se présente toujours comme un manque à combler sans délais. C’est sans doute de cette réalité psychologique élémentaire que vient la confusion habituelle – et fort néfaste dans le contexte professionnel et économique – entre ce qui est important et ce qui est urgent.

«Il faut donner du temps au temps», est-il souvent dit… et on pourrait aussi conclure par le paradoxe suivant, bien connu : «Il est parfois urgent… d’attendre !».

Source : RHinfo

 

 


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