DRH, un métier facile ?
Il y a un article que je vous conseille d’aller lire in extenso : celui de Jean-Marc Le Gall, dans le Monde du 22 novembre 2005, intitulé emballage humain.
Je vous en livre quelques éléments pour y ajouter mon grain de sel. Car il y va fort, notre journaliste : «Interviewé sur l'évolution des politiques de ressources humaines, un dirigeant confie : “Et l'humain là-dedans ? Jusqu'où fait illusion ce bel emballage que l'on présente ? On a des outils, mais l'accompagnement, l'écoute terrain n'est pas pratiquée, or c'est le basique de la fonction... ”.» Il va sans dire que le dirigeant en question a souhaité garder son anonymat. Et sans doute la réflexion est-elle un peu excessive, généralisée à outrance ? C’est politiquement correct de le penser, dans un monde où peu de personnes osent s’engager jusqu’au «je» pour affirmer ce qu’elles pensent vraiment.
Mais dire que les réalités sont multiples et ne peuvent être considérées qu’au cas par cas est un truisme jésuitique dont ne se servent que ceux qui doivent soigner leur fond de commerce en restant “bien” avec tout le monde. Ouvrons les yeux : il y a bel et bien des tendances communes qui permettent de parler avec pertinence de “l’entreprise”, des “RH” ou encore du “management”… même s’il est évident que la réalité est prosaïque ! Qui donc l’ignore ?
Ainsi par exemple : «Cinquante jeunes professionnels RH, rencontrés à l'occasion de séminaires à Entreprise et Personnel, confirment cette image. Pourquoi choisir ce métier ? Leurs motivations sont affirmées : goût de l'humain et des relations, diversité des missions, besoin d'influence. Leur choix traduit l'affirmation de valeurs fortes : équité, respect de la personne, et utilité sociale.» Que de choses nobles et enviables ! Des vraies valeurs, à vrai dire, que je partage sans partage…
Mais il faut, pour aller au bout de ses convictions, le comportement had hoc ; c’est là qu’est l’hic : «Mais ces convictions se conjuguent avec un credo unanime : “Le premier objectif, c'est d'accompagner le business. Le but de l'entreprise, c'est de gagner de l'argent, mais avec une bonne RH on en gagne plus encore”». “Avec une bonne RH on en gagne plus encore”… ultime credo moderne pour supporter la schizophrénie ; mais là encore j’y souscris absolument ! Et je crois fermement que cette parole a quelque chose de prophétique : il n’y aura de richesses, au final, que d’hommes !
Disons humblement que pour le moment la réalité est toute autre : «L'écoute de ces cadres révèle pourtant leur désenchantement après quelques années d'expérience, et leur déception quant à la place des RH dans l'entreprise, “dernière roue du carrosse”. Beaucoup n'imaginaient pas “une telle contrainte de coûts et de rentabilité”, et alertent sur les risques : “La fonction RH travaille pour l'entreprise et sa stratégie, mais si on néglige les attentes des salariés cela va mal se passer.”» Cela devient une rengaine, hélas !
Et comment faire autrement ? «Quand, tous les trimestres, les managers doivent montrer qu'ils tiennent leurs objectifs avant l'arrêté des comptes, beaucoup négligent les entretiens, les plans individuels de développement, la formation.» Il vaudrait mieux, au demeurant, ne plus les appeler « manager » ; cela aurait au moins pour effet de diminuer le sentiment d’hypocrisie désormais si persistant chez les collaborateurs. On pourrait proposer, comme certaines entreprises l’ont fait par souci de transparence, de les appeler des « superviseurs ». Et après tout pourquoi pas, si les choses sont claires ? Ha ! avec des «si»…
En conclusion, «Leur constat est sans appel : il leur est difficile de jouer leur rôle, entre le business, l'environnement socio-légal et les personnes.» Plus que jamais, il est temps de positionner la fonction RH au cœur de l’entreprise, de lui ouvrir une nouvelle expression, dans une voix du milieu entre les actionnaires, les employés, les clients et la Cité.
Source : RH Info
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