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Christophe BLAZQUEZ blog

Interview d'Emmanuel Toniutti sur le management et l'éthique

1 Juin 2011 , Rédigé par Christophe BLAZQUEZ Publié dans #Management

Nouvelle-image.JPGDocteur en philosophie et théologie, Emmanuel Toniutti est le PDG d’IECG (International Ethics Consulting Group). Il est chef d'entreprise et coach de dirigeants depuis dix ans.  A l’occasion de la parution de son dernier ouvrage « L’Urgence éthique, Une autre vision pour le monde des affaires », Emmanuel Toniutti nous livre son point de vue en matière de management responsable. 

C.B. : Comment définissez-vous l'éthique ?

 E.T. : A l’origine, il n’y pas de différence entre l’éthique et la morale puisque le terme grec ethos (éthique) a été traduit par mores (morale) en latin. Mais nous pouvons cependant établir une différence qualitative entre la morale et l’éthique. La morale représente les valeurs et les règles d’une société alors que l’éthique est le comportement « juste » qui consiste à mettre en œuvre les valeurs et les règles au sein de cette même société. Ainsi l’éthique appelle à une prise de conscience de la responsabilité qui est la nôtre à mettre en pratique les valeurs pour que nous puissions vivre les uns et les autres ensembles.

  C.B. : En quoi y a-t-il un caractère d'urgence à retrouver le sens de l'éthique dans le monde des affaires ?

 E.T. : Il y a aujourd’hui une urgence éthique à retrouver le bon sens commun. Nous vivons dans une société ou le vice prime sur la vertu, où l’argent prime sur le sens individuel et collectif à donner à l’existence. Le monde des affaires est un monde dans lequel s’exerce le pouvoir des plus forts sur les plus faibles, le pouvoir des actionnaires au détriment des autres parties prenantes de l’entreprise. Il existe trop d’écart qui se creuse entre les plus riches et les plus pauvres. A titre d’exemple, il semble totalement hors de sens qu’il existe un écart aussi important entre les salaires des dirigeants et les salaires des employés du bas de la pyramide organisationnelle. Une société qui se construit sur une telle iniquité est une société en danger de mort car elle s’expose à la révolte des plus faibles. Mais il y a également un autre enjeu qui est celui, à travers les affaires, de réguler les relations internationales de manière à ce que les règles de marché soient les mêmes pour tout le monde. Or à ce jour, il existe de grandes disparités, bien que l’ensemble des lois édictées condamnent les mauvaises pratiques ; je pourrai citer à titre d’exemple, l’entente illicite entre concurrents, le paiement de commissions occultes non déclarées, la livraison d’armes militaires comme échange de services… Là encore nous nous exposons à la révolte des plus faibles. Quand une société qui repose sur le lien d’échange économique et social oublie que les organisations sont bâties pour servir l’être humain, il y a une urgence à retrouver un jeu d’équilibre.

C.B. : Les notions d'éthique, d'humanisme et de responsabilité sociale des entreprises ont-elles encore du sens dans le contexte de crise économique actuel ?

E.T. : Ces notions prennent tout leur sens, encore plus en période de crise comme celle que nous vivons aujourd’hui. Il faut rééquilibrer les forces de l’entreprise, il faut absolument remettre l’Homme au cœur des préoccupations des organisations pour redonner du sens, motiver les équipes et faire en sorte que les salariés puissent se sentir bien, prêt à réussir leur vie. Je ne suis pas en train de dire qu’il faille diminuer le pouvoir des actionnaires mais qu’il faille retrouver le sens de l’équité. Ainsi lorsque l’actionnaire reçoit par exemple cent pour cent du résultat net, il faut absolument se poser la question s’il ne serait pas « juste » qu’il n’en reçoive que soixante-dix pour cent et que les trente pour cent restant soient alloués à la recherche et au développement pour l’innovation client et à la récompense des salariés sans lesquels la production n’existerait pas. Mais vous comprenez il s’agit d’un choix : soit nous décidons de servir l’être humain et nous développons une vision collective du bien commun, sans nier son intérêt individuel ; soit nous décidons de ne servir que les plus forts et nous nous exposons à la démotivation, au non sens et à la révolte potentielle. Beaucoup de dirigeants ne croient pas aujourd’hui à cette révolte potentielle, ils en sourient…moi-même chef d’entreprise, je pense que nous devrions accorder beaucoup plus d’importance à nos salariés que nous ne le faisons en redescendant sur terre. Les hommes politiques et les hauts dirigeants sont totalement satellisés, ils vivent dans un autre monde qui est devenu leur réalité mais pas celle de celui qui, en Occident, est rémunéré 1.000 € par mois.
C.B. : Peut-on redonner du sens dans les entreprises ? De quelle manière ?

 E.T. : Oui, nous pouvons redonner du sens dans les entreprises. Mais d’abord il faut que le dirigeant croie en l’être humain et dans les valeurs humaines les plus hautes. Ensuite, il faut définir le socle de valeurs à partager et sur lequel nous ne sommes pas prêts à transiger. Il faut encore identifier un modèle de leadership d’entreprise cohérent avec ces valeurs puis enfin il faut développer des comportements de leader et de manager cohérent avec les valeurs de l’entreprise. Il s’agit d’une dynamique à mettre en œuvre qui ne repose pas seulement sur la parole mais sur les actes. Pour réussir il faut s’entraîner, à partir de cas concrets d’affaires réelles à prendre des décisions et mettre en œuvre des actions opérationnelles qui conduisent à la double performance économique et humaine de l’entreprise

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christophe blazquez 06/06/2011 21:04



Bonsoir Patrick,


Merci pour ta visite et pour ton avis sur ce sujet.


@ bientôt


 


 



Patrick Rey 06/06/2011 10:15



En effet, comme dirait l'autre "Le Droit décide, la morale commande, l'éthique recommande" !

Ce que montre bien Emmanuel Tonuitti c'est cette pression pour de bonne mœurs économiques et humaines. Hélas, je crains qu'il soit peu écouté et peu suivi d'effets, car pourquoi se remettre en
cause quand on est persuadé de pouvoir continuer impunément à les bafouer. Il parle du risque de révolte des plus faibles et je crois que les choses vont ainsi : il faudra que cette révolte
arrive plus ou moins fort, plus ou moins vite et de manière, espérons-le, plutôt constructive que révolutionnaire.